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1714
SUR LA VOLATILISATION DES SELS FIXES DES PLANTES
HISTOIRE DE L’ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES
Article mis en ligne le 3 février 2010
dernière modification le 8 février 2022

Lisez le texte dans ll’article

Quand le feu décompose un Mixte, les parties les plus disposées à prendre beaucoup de mouvement se .détachent, & s’élèvent selon l’ordre que leur donnent les différences de cette disposition, & les autres demeurent immobiles au fond du Vaisseau. Les premières qu’on ap­pelle volatiles, sont le flegme , les Esprits ou Sels toit aci­des, soit urineux ,ou alkali, l’huile : les autres qu’on ap­pelle fixes, sont la Terre & les Sels Alkali lixiviels, ainsi nommés , parce qu’on les sépare de la terre par des lessives, ou lotions d’eau , qu’on laisse ensuite évaporer. Ces sels n’étaient pas dans le Mixte sous la forme où ils paraissent alors, ils étaient intimement unis avec les sels volatils qui se sont échappé, ils l’étaient même & avec l’huile & avec le flegme, & après en avoir été séparés ou dépouil­lés, ils demeurent comme une Eponge toute percée de ores & de vides, très-susceptible, & même avide de re­prendre tout ce qu’elle a perdu.

Il ne faudrait donc, pour rendre volatils ces sels alkali fixes, qu’y faire rentrer des parties volatiles , pareilles à celles qui les ont abandonnés, & les y unir si étroitement, qu’elles ne puissent s’envoler par le feu sans les emporter avec elles, du moins en partie,

On verra dans le Mémoire de M. Homberg comment le hasard lui présenta dans du Savon des Sels fixes qui se volatilisaient d’eux-mêmes On sait que le Savon est un composé d’huile & du tel alkali lixiviel de la Plante appelée Soude. Sur cela M. Homberg supposa, ou plu tôt jugea selon ses principes de Chimie, que l’huile donc il croit que les Sels volatils tiennent toute leur volatili­té, s’étant intimement mêlée avec les Sels fixes de la Soude dans le Savon, les avait rendus volatils. Alors ils n’étaient plus alkali, puisque leurs pores s’étaient remplis de l’huile qu’ils avaient absorbée. Il y a encore plus. L’huile a toujours de l’Acide, & cet Acide s’étant joint a l’Alkali, le loue était devenu un Sel moyen, tel qu’est le Sel commun , mais parce que l’acide ne s’était joint à l’alkali que par le moyen de l’huile, & accompagné de l’hui­le , ce Sel moyen était huileux ou sulphureux.

En suivant cette première idée , & en exécutant par des opérations chimiques les veües qu’elle donnait, M. Hom­berg a trouvé que pour disposer à la volatilité les Sels-fixes des Plantes , il fallait commencer par les mettre en-Savon , laisser pousser naturellement à ce Savon quelques petites pointes de tel ou cristaux qui s’élèveront à sa superficie, & ; qui seront des Sels fixes déjà volatilités d’eux-mêmes, comme il arriva dans la première expérience, en-fuite mettre cette matière sur le feu après l’avoir imbibée & pénétrée d’une nouvelle liqueur, qui aidera une nou­velle sublimation des tels fixes devenus volatils, & répéter cette opération tant qu’il pourra s’élever des tels. Le choix de. la liqueur donc on pénètre la matière savonneuse n’est pas indifférent. L’eau est la moins propre à l’effet qu’on attend , l’huile y est plus propre , l’huile distillée plus que l’huile tirée par expression ; il faut non seulement la li­queur la plus volatile, mais celle qui se lie le plus aisé-ment aux sels. L’Esprit de Vin est très convenable. M, Homberg, en prenant bien tous ses avantages, est parvenu à volatiliser prés de, la moitié d’une quantité de Sel de Tartre, qui est un Sel fixe végétal.

Le Sel volatilité parait souvent en consistance sèche, parce que comme l’eau & l’huile ne s’unifient pas volontiers, l’huile qui accompagne ce sel le garantit de l’action de l’humidité de l’air, qui le résoudrait en liqueur.

M. Homberg n’a rien dit sur l’utilité des Sels fixes vo­latilités. Il est toujours bon que la Chimie sache se ren­dre maîtresse des Mixtes, & en disposer à son gré selon ses différentes vus.

MOIRE

Touchant La volatilisation des Sels fixes des Plantes.

Par M. H O M B E R G.

Le Sel lixiviel ou l’alkali fixe de quelque Plante, est une substance saline qui a perdu dans le grand feu la plupart de ce que le végétal contenait de parties volati­les, savoir son phlegme , son esprit acide , son esprit urineux , les huiles qu’on en peut distiller, & le Sel qui sent l’urine ; sa figure est une espèce d’éponge, donc les pores ouverts & vides sont prêts à recevoir des matières vola­tiles semblables à celles que le feu en a séparées ; l’arc les y peut rejoindre, de manière que sa fixité se perd entière­ment, & que le nouveau mélange en devient tout à fait volatil.

Ces opérations se font en introduisant inséparablement dans le Sel lixiviel, l’une ou plusieurs des parties volatiles qui en ont été chassées, l’introduction desquelles dans le corps du Sel lixiviel se fait à peu - près par les mêmes moyens, savoir par des cohobations souvent réitérées, jusqu’à ce que le volatil se soit uni de telle forte au fixe que lé tout ou une partie en soit devenue volatile.

Cependant comme toutes ces matières volatiles sont des substances différentes, quoique tirées du même mix­te, elles demandent aussi des manipulations différentes , pour faire que ces cohobations soient utiles, & quelles puissent donner la volatilité aux Sels fixes. Nous allons examiner toutes les parties que le feu peut chasser d’un. végétal, nous prendrons le Tartre du Vin pour servir d’e­xemple fur toutes les autres matières végétales, & nous exposerons ensuite les manières d’y réintroduire les vola­tils qu’il a perdus dans le feu, c’est à-dire, les moyens de rendre volatil le Sel de Tartre en diverses manières, selon la nature du volatil qu’on y introduit de nouveau.

Mais comme le Sel de Tartre , & tout autre Sel lixiviel quelque bien calciné &. quelque bien purifié qu’il soit par les différentes lixiviations & ; filtrations , ne laisse pas de contenir une très-grande quantité de matières terreuses, plus ou moins faciles à enlever par les différents volatils donc on se sert, quelques-uns de ces volatils en change­ront beaucoup , les autres moins , & laisseront au fond du vaisseau une partie de la terre fixe &, insipide , selon le plus ou le moins d’activité du volatil que l’on aura em­ployé pour cet effet.

Le Sel lixiviel qui aura été volatilité par une de ces opérations , quelques-fois se changera en une liqueur dis-tillée salée , ou en un esprit acide, ou en un esprit urineux ; quelques fois il se changera aussi en un Sel volatil salé , ou en un Sel volatil acre & fétide ,ou enfin en un Sel volatil aromatique, selon les différentes opérations & les volatiles que l’on y aura employés.

La première matière que le feu sépare du Tartre & de tout autre végétal, est son phlegme , qui d’abord ne parait pas capable de changer une matière aussi fixe que le Sel de Tartre en une matière volatile ; cependant quand on considère que l’humidité aqueuse , lorsqu’elle est mise en mouvement par le feu , est une des principales causes de tous les changements qui arrivent aux végétaux & aux ani­maux , & peut-être à tout ce qui appartient à notre terre ; nous ne ferons pas de difficulté de l’admettre ici pour l’un des agents qui contribue a. enlever dans le feu une par­tie du Sel de Tartre , & à le rendre volatil, mais com­me l’humidité aqueuse est le moins actif de tous les prin­cipes que la distillation sépare des végétaux , c’est-à-dire, qu’elle agit plus lentement & moins sensiblement que les autres principes, l’opération dans laquelle on l’employé durera plus longtemps que si on avait employé quelqu’un des autres principes. Nous allons voir comment par son moyen une partie du Sel fixe lixiviel s’est sublimé en Sel vo­latil.

En Chimie il n’est pas hors de propos de communiquer l’histoire succinte des circonstances , quelques fois dues au pur hasard, qui ont mette à une opération singulière, elles peuvent servir d’occasion à un plus habile d’abréger ces opérations, ou de les perfectionner ; je m’en vais donc don­ner la première de mes opérations fur la volatilisation du Sel lixiviel des Plantes, avec toutes les circonstances qui l’ont accompagnée.

Les Savonettes donc je me servais pour me rater, n’é­tant pas à mon gré, je voulus en faire d’autres : je pris donc du Savon de Gènes environ deux livres ; je le coupai par tranches de l’épaisseur environ d’un écu , je le mis sécher à l’ombre pendant trois mois, pour en ôter la mauvaise odeur que le Savon a ordinairement ; il la perdit en par­tie ,& devint si sec que je pouvais le piler dans un mor­tier ; pour le réhumecter, afin qu’on en pu former des Savonettes, je versai dessus trois onces d’Esprit de Vin, dans lequel j’avais mis un gros d’huile de Lavande & quelques gouttes d’essence d’Ambre pour leur donner quelque bon-ire odeur ; j’incorporai bien cet Esprit de Vin avec mon Savon , en les pilant ensemble dans un mortier de marbre, mais il n’en fut pas assez humecté pour faire une pâte liée ; je fus donc obligé d’y ajouter encore environ trois onces d’Eau de Fleurs d’Oranges ; le tout se mit en une pâte bien conditionnée , j’en formai des boules que je mis sécher à l’air, dans un temps froid & humide. Environ deux mois après , je fus fort étonné de trouver ces Savonerces hérissées de pointes de Sel, à peu près comme le Salpêtre qui végète fur les pierres, je voulus m’en servir, mais je m’aperçu que ce Savon ne faisait point d’écumes , il s’amollissait seulement dans l’eau chaude, on le faisait éten­dre comme du beurre, & il se collait contre la chair sans montrer : la singularité du phénomène me fit examiner avec soin le Sel qui avait végété sur ce Savon, je trouvai qu’il avait entièrement perdu le goût de la Soude ou de Sel lixiviel , ayant a peu prés celui du Salpêtre , sans fuser néanmoins dans le feu, mais y jetant beaucoup de fu­mée, qui ne sentait ni l’acide ni l’urine. Cette fumée me fit penser qu’elle pourrait bien être du Sel volatil, qui se sublimerait à l’ordinaire dans les vaisseau ce conve­nables, je l’essai, mais je n’en fus pas tout -à- fait content ; cependant un peu de matière farineuse salé , qui s’était attachée aux parois du vaisseau, me fit atteindre qu’on en pourrait venir à bout, en changeant un peu l’opération , je ramassai donc de nouveau tout ce que je pu avoir de ce Sel & : quand mes boules de Savon n’en végétèrent plus, étant devenues trop sèches, je les fit porter a la cave , où quelque temps après elles en poussèrent encore ; à la fin je lavai ces boules dans de 1’eau pour en tirer encore un reste de Sel, qui était sur leurs surfaces, & qui rendait leur croute dure ; j’ai mis toutes ces eaux ensemble, j’y ai ajou­té le Sel que j’avais amassée, je les ai distillées dans un alem-bic de verre à petit feu , j’ai cohobé cette eau bien cin­quante fois ou plus sur ce qui restait dans la cucurbite, & je me suis aperçu qu’à la fin des distillations il s’est atta­ché aux parois de la cucurbite & dans le chapiteau un peu de Sel volatil blanc & léger comme de la neige, a peu prés comme est le Sel volatil narcotique de Vitriol, dont j’ai donné la description en 1702. J’ai continué ces cohobations jusqu’à ce qu’il ne se sublima plus rien , & j’ai eu environ deux gros de Sel volatil concret, mais l’eau. distillé en était chargée , car elle était salée. J’ai rectifié cette eau , j’en ai séparé les premières portions, qui étaient insipides, j’en ai gardé deux onces environ, qui contenaient bien encore un gros de Sel. Ce tel a un goût approchant : du Salpêtre sans aucune acrimonie, il fait une très légère ébullition , ou plutôt un simple frémissement avec l’esprit du Sel, il rougit légèrement la teinture de Tournesol, il se fond dans le moment qu’on en jette sur des charbons ardents & s’en va en fumée, sans fuser dans le feu comme le Salpêtre.

Le Sel volatil qui a été produit par cette opération ne saurait provenir que d’une partie de la Soude qui est en­trée dans la composition du Savon ; & comme le sel de la Soude est un des plus grands alkalis lixiviels que nous ayons, & qui en cela ne cède en rien au Sel fixe de Tartre, j’ai crû que par la même opération je pourrais avoir un Sel volatil du Sel fixe de Tartre, que Paracelse & Van Helmont ont tant vanté. Pour y parvenir, j’en ai fait d’a­bord un Savon à la manière ordinaire, c’est à-dire, que j’ai fait une Lessive très forte de parties égales de Tartre cal­ciné & de Chaux vive, car on employé de la Chaux pour faire du Savon, j’en ai fait ensuite du Savon avec de l’huile d’Olives, savoir, de trois parties d’huile & une de ce Sel, ce qui a produit un Savon très ferme & très bon, j’ai traité ce Savon en tout de la même manière que le Savon de la Soude .dans l’opération précédente, j’en ai vu à peu près les mêmes effets, & j’en ai tiré la même quantité de Sel volatil.

J’ai observé dans ces opérations, que sans l’humidité aqueuse le Sel volatil, quoique tout préparé , ne se séparait pas de la masse savonneuse, qui était au fond de la cucurbite & dans laquelle il était pour ainsi dire enchassé ; dès que cette masse était desséchée, il ne se sublimait plus rien ; &. en la réhumectant simplement avec la même eau qui en avoir été distillée, on en faisait une seconde sublimation, & ainsi de suite, en faisant douze ou quinze fois la même opération , c’est-à-dire, jusqu’à ce que tout le Sel volatil en fut séparé. Il faut que l’humidité aqueuse, en détrempant la masse savonneuse & saline au fond de la cucurbite, s’unisse si bien au Sel volatil, qu’en s’évaporant elle en emporte à chaque fois une partie avec elle , qui se cristallise contre les parois supérieures de la cucurbite, & qui sans cela resterait toujours enveloppée dans la tête-morte ; de sorte que l’on pourrait soupçonner que dans cette ope ration l’eau seule contribue le plus à la volatilisation des Sels fixes de Tartre & de la Soude, & qu’elle y pourrait bien suffire toute seule, d’autant que nous avons une ex­périence constante, qui confirme cette pensée, qui est que l’eau contracte une qualité talée & : même acide, quand on la distille &. cohobe souvent sur du Sel commun ; j’ai voulu cependant m’en éclaircir, j’ai cohobé de l’eau de Rivière sur du Sel de Tartre bien cent fois, sans m’apercevoir de Sel volatil concret, il m’a paru feulement que l’eau était devenue un peu salée, il y a apparence qu’avec le temps on en aurait eu quelque chose de plus, mais la longueur du travail m’a rebutté, je l’ai abandonné.

En examinant, avec soin toutes les autres particularités des opérations précédentes qui ont donné du Sel volatil, j’ai observé qu’il faut que les Sels fixes soient prépa­rés , c’est - à - dire, qu’ils soient mis en Savon , pour pou­voir être volatilités, nous en connaîtrons la vérité dans les opérations suivantes , qui prouveront en même-temps, que l’eau a été le véhicule nécessaire pour enlever le Sel volatil tout préparé pour la savonnation dans les opéra­tions dont nous venons de parler , mais que l’on s’en peut passer absolument , & même qu’elle devient nuisible en certains cas. Je me fuis donc imagé non - seulement que la compétition du Savon eu : nécessaire pour volatiliser les Sels fixes des Plantes, mais j’ai crû que l’opération réussi rait mieux, & qu’elle produirait plus de Sel volatil , en composant le Savon avec une huile distillée plutôt qu’avec une huile simplement exprimée , comme est l’huile d’Olives, qui a été employée dans les opérations précé­dentes, & ; qui demande un feu très violent pour devenir volatile, au lieu qu’une huile distillé étant déjà toute vo­latile, selon les apparences contribuera plus à la volatilisation des Sels fixes, qu’une huile non volatilisée, j’en ai fait l’essai qui a fort bien réussi. comme nous allons voir dans l’opération suivante, dans laquelle je n’ai pas voulu joindre au Sel de Tartre une huile étrangère & qui ne fut pas tirée du Tartre même, afin Que le Sel volatil qui en pro-viendrait fut avec plus de vérité du Sel volatil de Tartre, j’y ai donc employé de l’huile distillé de Tartre ; mais com­me elle est d’une puanteur insupportable, qui aurait infec­té coure l’opération, & même le Sel volatil qui en serait venu, si on l’avait employée telle qu’elle est, j’ai été obligé dé l’adoucir avant que de la joindre à son Sel fixe : ce que j’ai fait ainsi.

J’ai pris une livre d’huile fétide de Tartre que j’ai mê­lée exactement avec deux livres de Chaux éteinte a l’air & distillée dans une cornue de grés á feu nud , l’huile qui en est venue était liquide, rouge & moins puante, d’épaisse noire & fort puante qu’elle était. Je l’ai mêlée une seconde fois avec deux livres de nouvelle Chaux éteinte & distil­lée comme devant, j’ai fait la même chose pour la troisième fois ; l’huile de Tartre est devenue très fluide & claire comme une huile essentielle, de couleur d’ambre & d’une odeur fort supportable, qui dans la fuite de l’opération a changé en une odeur agréable & aromatique.

L’huile étant ainsi préparée, il en faut faire d’abord du Savon, ce qui est la base de votre opération ; mais comme par ces distillations elle est devenue extrêmement volatile, & que par conséquent elle ne peut pas supporter le grand feu que l’on employé ordinairement pour faire le Savon, l’on est obligé de le faire à. froid : ce qui se fait de cette manière.

Il faut prendre une livre de Sel de Tartre bien blanc & bien sec, verser dessus de l’huile de Tartre préparée jusqu’à ce qu’elle surnage d’un doigt , dans un vaisseau plat de fayence ou de terre, couvert seulement en sorte qu’il ne tombe pas d’ordures dedans ; remués ce mélange avec une spatule de bois deux ou trois fois par jour, jus­qu’à ce que vous voyez que le Sel ait bu toute l’huile ; alors vous remettrez encore de l’huile comme on a déjà, dit, remués le tout deux ou trois fois par jour, jusqu’à ce que le Sel aie bu l’huile, faites ceci pour la troisième fois , & quand la masse commencera à se sécher, vous y mêlerez de l’Esprit de Vin jusqu’à la mettre en consistance de bouillie fort claire, ainsi l’huile & le Sel se pénétreront & s’uniront si bien , qu’il ne paraîtra plus d’huile quand on, en dissoudra un peu dans l’eau.

Mettez cette bouillie dans une cucurbite, ou dans une grande cornue de verre ; distiller au sable à très petit feu, il viendra d’abord un esprit ardent, & ensuite un phlegme inutile & aqueux, que vous jetterez ; rectifiés l’esprit & remettes le sur ce qui sera au fond de la cucurbite, mê­lés bien le tout, & le laisser dans un vaisseau de verre à l’air, jusqu’à ce qu’il soit sec, alors le Savon est fait. Il faut le garder jusqu’à ce que les cristaux ou les pointes de Sel en sortent, comme nous l’avons observé dans nos premiè­res opérations, & quand vous verres qu’il ne pousse plus de cristaux, pilés la matière, & : imbibez-là peu à peu de la quantité d’huile qui y manque , jusqu’à ce que la livre de Sel de Tartre que vous y avez mis d’abord , ait absorbé trois livres d’huile, & que toute la masse sèche pesse quatre livres , puis vous mettrez vôtre matière dans une cucurbite, vous l’imbiberez d’Esprit de Vin que vous cohoberez dessus dix ou douze fois, en le distillant à chaque fois à fort petit feu, moyennant quoi la matière achevé-ra de se volatiliser assez pour se sublimer , & lorsqu’il ne montera plus rien, faute d’humidité, vous la réimbiberez du même esprit qui en a été distillé, après l’avoir rec­tifié ; ainsi presque la moitié du Sel fixe que vous aurez pré­paré , montera en Sel volatil.

Nous avons vu une différence très considérable dans l’effet de cette dernière opération , & dans celui des deux précédentes.. Premièrement elle a produit incomparablement plus de Se ! volatil que les premières , puis il n’a fallu que dix ou douze cohobations avec l’Esprit de Vin dans celle-ci , au lieu qu’il en a fallu plus de cinquante avec l’eau commune dans les précédentes.

Nous savons que les Sels s’accrochent aisément aux matières huileuses, nous joignons ces deux matières par le moyen de la savonnation, de manière qu’elles se pénètrent & qu’elles se lient aussi étroitement que les opérations le permettent, dans les premières le Sel fixe lixiviel s’est joint à une huile non volatile, c’est-à-dire, difficile à être réduite en vapeurs, pour pouvoir ensuite être enlevée par la chaleur, mais dans cette dernière, l’huile ayant été volatilisée auparavant, elle a pu être enlevée fort aisément par la chaleur. Nous savons aussi que les Sels ne sont -volatils qu’à raison des matières huileuses auxquelles ils sont joints, qui les entraînent avec elles quand elles sont poussées par le feu, comme je l’ai prouvé ailleurs par plusieurs faits constants, il est donc aisé de juger pourquoi la dernière opération a donné plus de Sel volatil que les premières. Nous pourrons ajouter à ceci que dans les pre­mières opérations le véhicule qui servait aux cohobations était de l’eau simple, qui s’unit à la vérité aisément aux Sels, dont elle est le dissolvant, mais elle s’accroche dif­ficilement aux huiles, & par conséquent elle ne peut en lever commodément dans le feu, qu’une des parties qui composent le Sel Volatil, la partie huileuse d’ailleurs non. volatile restant toujours en arrière, au lieu que dans nô­tre dernière opération le véhicule dans les cohobations est l’Esprit de Vin qui s’unit aisément aux huiles distillées, & à nôtre Sel, puisqu’il est le dissolvant de l’un & de l’autre, & qui par conséquent étant poussé par le feu, réduit nô­tre Sel facilement en vapeurs, & l’enlevé avec lui.

J’ai attribué à la savonnation la première & la principa­le cause de la volatilisation des Sels fixes des Plantes. Voi­ci comment je conçois qu’elle y contribue : le Savon est un composé de Sel lixiviel & d’huile, le Sel lixiviel a per­du dans le feu la plus grande partie du Sel acide qu’il con-tenait, ce qui le rend fixe, mais il reprend cet acide avec avidité par tout où il en peut rencontrer, & il en retrou­ve dans l’huile du Savon ; une preuve de cela est que les huiles rendent toujours de l’esprit acide, quand on en fait l’analyse ; cet acide du Savon est absorbé peu à peu, & alors le Sel fixe change de nature & devient Sel moyen qui est à demi volatil, &. qui se manifeste en végétant fur les Savonnettes, comme nous l’avons remarqué dans nô­tre première opération, mais comme la partie acide de l’huile est fort étroitement liée, & pour ainsi dire enchassée dans le compote de l’huile, le Sel fixe ne saurait l’absorber pur & : entiérement décaché de son huile ; ainsi une partie de l’huile même du Savon sans aucune altéra­tion, se loge avec l’acide dans les locules du Sel lixiviel, & par-là il devient un Sel moyen huileux ou sulphureux, or il est constant que les Sels volatils ne font tels , que parce qu’ils contiennent inséparablement une certaine quan­tité de matière huileuse, laquelle étant aisément enlevée par la flamme dans le chapiteau du vaisseau sublimatoire , entraîne avec elle aussi la partie saline, & ainsi il devient Sel volatil proprement dit, qui parait souvent en consistance sèche , sans se résoudre en liqueur aqueuse, parce que les parties huileuses qui l’accompagnent, le déffendent du contrat immédiat de l’humidité qui est dans l’air, & : se­lon qu’il entre plus ou moins de parties huileuses dans la compétition du Sel volatil, il se résout plus ou moins vite en liqueur, par l’humidité de l’air.

Il faut observer ici que le Sel lixiviel ne reçoit pas tou­te la perfection du Sel volatil dans la savonnation, com­me nous l’avons déjà remarqué, il ne s’y en fait que le premier cranponnement nécessaire, qui s’achève ensuite dans les cohobations, parce que la consistance visqueuse du Savon ne permet pas à l’acide de se détacher & : de se joindre avec liberté au Sel lixiviel ; mais quand par une humidité étrangère les parties du Savon ont été rendus fluides, comme il arrive dans les cohobations, & qu’en suite le feu qu’on y employé leur donne le mouvement dont elles ont besoin pour se rencontrer, pour se pénétrer & pour s’unir étroitement, elles achèvent le composé par­fait du Sel volatil. Je donnerai la fuite de ces opérations dans un autre Mémoire.