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PETIT TRAITE DES DISSOLUTIONS ET COAGULATIONS NATURELLES & ARTIFICIELLES
Article mis en ligne le 22 février 2010
dernière modification le 7 janvier 2022

PETIT TRAITE DES DISSOLUTIONS ET COAGULATIONS
NATURELLES & ARTIFICIELLES
Comme il nous est impossible d’avoir une par faite connaissance des choses naturelles, si nous ne connaissons point leurs différentiels Solutions & Coagulations, & la voie simple donc la nature se sert pour les décomposer, & les porter ensuite à une nouvelle génération ; les Anciens sages n’ont pu nous donner de meilleurs conseil pour arriver à cette connaissance, que celui de dissoudre & de coaguler, solve & coagula, suif que tins ces deux opérations différentiels, en vain tenterions-nous à perfectionner les Etres que le Créateur nous a soumis autant pour sa gloire que pour nos besoins. On a de tous les temps si bien convaincu de cette importante nécessité, qu’on a mis en usage toutes sortes de moyens pour parvenir à une véritable dissolution, selon les différentes fins qu’on s’est proposées. Il ne faut pas douter, que ceux qui ont compris le vrais sens de ces deux mots de dissoudre & de coaguler n’aient accompli heureusement l’intention des Philosophes, mais aussi faut-il pas s’étonner si ceux, qui les ont mal entendu sont demeurés dans la, confusion, pour n’avoir pas su connaître la différence qu’il y a des dissolutions & coagulations. naturelles aux artificielles, c’est une matière que nous allons expliquer en peu de paroles, ce que nous ne ferons pas pour les Savants, & moins encore pour ceux qui se croient l’être ; mais bien pour ceux qui aspirent à la science, & qui auront notre bonne volonté pour agréable. Nous parlerons premièrement des Dissolutions & Coagulations artificielles & contre nature, & puis nous parlerons de celles qui sont naturelles, & des agents qui leur conviennent.
Les premières se font par des Eaux acides qui rendent les corps durs métalliques en parties subtiles, lesquelles étant répandues invisiblement dans ces liqueurs peuvent ensuite en être séparées en poudre impalpable, par le moyen de quelques alcali, ou bien coagulées à chaleur par évaporation de l’humidité, ou coagulées par le froid en vitriols qui prennent leur nom de la chose dissoute, ces opérations sont si communes, qu’il n’est point de petit artisan, qui ne les sache aussi bien exécuter que le plus habile de nos Chimistes. Elles sont dites contre nature, parce quelles se font avec violence & ébullition, qui souvent gâtent & corrompent la nature du sujet en consommant son germe & son humide radical. Il est aisé de voir que ces opérations sont contraires à intention des vrais Philosophes, puisque tout ce qui est violent répugne à la nature, & que des parties inanimées sont incapables de génération ; il serait superflu de nous arrêter d’avantage, sur cette matière, il vaut mieux passer tout d’un coup aux opérations naturelles aux moyens d’y parvenir.
Quand nous parlons de dissoudre & coaguler naturellement, nous ne prétendons pas faire entendre que l’art n’y ait aucune part, au contraire, lorsque la nature nous présente un mixte qu’elle a laissé dans un certain degré de perfection proportionné à son espèce, c’est à nous à examiner ce que cette sage opératrice aurait pu en faire de plus, si elle n’en avait été empêchée, & à quel usage il nous est permis de l’employer. Si nous considérons de près, supposant que le sujet soit métallique du premier ordre, nous trouverons qu’elle aurait pu en faire, ce précieux métal que la plupart du monde cherche avec tant d’avidité, car s’il en faut croire les Sages, tous les métaux sont dans leur intérieur bon or & bon argent, auxquels il ne manque que la cuisson. Nous en apprendrons que si elle n’y a pas réussi, c’est ou par le défaut du climat, ou par l’intempérie de sa matrice, ou il s’est trouvé ou trop d’eau, ou trop de terre. Il faut donc en venir à une séparation & à une purification exacte, & pour cela il faut que l’art commence où la nature fini, qu’il continue son ouvrage de concert avec elle, qu’il la suive pas à pas, car pour le peu qu’il s’en écarte ce n’est plus un art, car le mot d’art signifie de soi-même la méthode de bien faire quelque chose, comme Aristote même le remarque.
On opérera bien naturellement & bien artistement, si l’on commence par la dissolution radicale du sujet avec un dissolvant qui lui soit homogène & de sa même nature, lequel se joignant avec amour à la substance de la chose dissoute, s’unissent ensemble si parfaitement, que l’Art ne les en peut plus séparer, il arrivera dans une telle dissolution, que les soufres impurs (qui sont ordinairement le sujet sur lequel s’occupent les Chimistes abusés) la pareront d’eux-mêmes, parce qu’ils n’ont aucune analogie avec un pareil agent. Dans cette opération pleine de douceur ; la matière est réincrudé & augmentée considérablement, en conservant son germe & son humide radical : la matière étant ainsi corrompue & réduite en ses principes, elle ne manquera pas de se porter d’elle-même à la génération ; car la corruption est toujours suivie de la génération ; la graine des végétaux, & la semence des animaux dans leur matrice, en sont des exemples assez connus. Si elles ne se corrompaient point, il n’en faudrait rien attendre.
Il résulte de ceci, que si nous dissolvons Philosophiquement, cela veut dire, naturellement, nous coagulerons de même, ainsi nos opérations seront dans l’ordre & selon l’idée des Sages ; solve & coagula. Nous devons dissoudre & coaguler depuis le commencement jusqu’à la fin. Tant plus nous recommencerons ces travaux, tant plus notre cette matière acquerra de degrés de perfection, parce que ses principes s’exalteront, & se multiplieront de plus en plus, ce qui lui donnera une extension infinie en qualité comme en quantité.
Nous venons d’expliquer ce que c’est qu’une dissolution radicale & naturelle selon l’idée que les Anciens nous ont laissée, & que l’expérience nous a confirmée. Il est à propos de nous étendre un peu sur une opération qui est la clef d’un art qui nous fait connaître toute la nature, afin qu’on ne nous reproche pas d’écrire sans connaissance de cause.
Nous dirons que comme les Médecins reconnaissent de trois sortes de dissolutions des aliments avant qu’ils soient converti en Sang, pour la nourriture & la conservation de l’animal dont la première qui n’est simplement qu’une préparation, fait par le moyen de la mastication & de la salive, qui est une espèce de dissolvant, ces aliments étant ensuite portés dans le ventricule ils y trouvent une autre liqueur qui s’étant séparée de la masse du sang coule d’un grand nombre glandes, dont est parsemée la membrane intérieure de ce viscère, cette seconde liqueur qui est encore un dissolvant, travaillant sur les aliments pour les disposer à entrer dans les intestins par le pylore, ou t ils reçoivent leur perfection par la liqueur pancréatique, laquelle étant jointe aux deux, autres, sert à en diviser les différentes substances qui forment le Chyle. De même nous comptons trois dissolutions de nôtre corps cru, lequel nous disposons en premier lieu, par le broiement & la division de ses parties les plus grossières, c’est ce qu’on appelle la première disposition de la matière. Secondement nous lui ajoutons nôtre menstrue par le moyen duquel il se décuit, & se réincrude par la fermentation en notre estomac, où il doit séjourner pendant quelques temps, & où il se fait une nouvelle séparation de l’impureté sulfureuse & combustible ; puis nous le dissolvons pour la troisième fois dans une certaine liqueur dont il reçoit toute sa perfection pour être converti en chyle & en sang. Ce n’est pas que ces trois dissolutions agissent différemment sur notre sujet, l’agent étant toujours le même depuis le commencement jusqu’à la fin mais c’est que par ces opérations linéairement continuées, notre matière se purifie de plus en plus en se séparant de ses terrestréités, & devient plus propre à recevoir cet esprit merveilleux qui donne la vie à tous les êtres de ce vaste Univers, esprit si admirable qu’il se corporifie en autant de manières différentes, qu’il y a différents aimants qui l’attirent après qu’ils en ont été eux-même formés. Aer generat (dit le Cosmopolite) magnes veo generat vel facit apparere aerem nostrum : est aqua rosis nostri ex qua extrabitur salpetrae Phylosophorum qui emises res crescunt & nutriuntut.
On ne serait guère satisfait, si après avoir traité de la dissolution, nous ne disions un mot du dissolvant, comme de la cause instrumentale & absolument nécessaire dans une opération de cette importance.
Nous disons que le menstrue qui doit servir à la dissolution, est une eau, laquelle est appelée l’eau des métaux, parce qu’elle est de la nature de ces corps. Cette eau est mercurielle & volatile, & est dite Mercure des Philosophes, non pas une eau qui mouille les mains, mais une fumée subtile, froide crue, quelques-uns le nomment sel volatil minéral, qui se mêle comme une vapeur avec la fumée sulfureuse & onctueuse, & qui en reçoit la forme. C’est ce que veut dire Marie, la sœur de Moïse, quand elle dit que la fumée sulfureuse prend la fumée mercurielle, ce qui est confirmé par Arnaud de Villeneuve, qui dit que comme la nature produit les métaux du soufre & du mercure, l’art les produit de même. Enfin comme une seule eau végétable reçoit toutes les formes des semences des Végétaux, de même l’eau des métaux reçoit la forme de plusieurs & différents soufres des minéraux, & les congèle selon sa dignité.
Il est évident que le Sperme sans la menstrue ne peut jamais parvenir à une parfaite génération, ce qu’il faut entendre du règne minéral dans lequel le menstrue comme une eau végétale (appelée du mot vegeto & non du règne végétal, comme B. Valentin l’a savamment distingué) est nécessaire, afin que les soufres substantiels métalliques, savoir du Soleil, & de la Lune, puissent y être insérés.
Il peut se rencontrer ici quelques difficultés qui demande un petit éclaircissement pour ceux qui ne sont pas encore initiés dans l’intelligence des termes de notre Philosophie ; c’est que nous avons dit que notre menstrue est une eau qui ne mouille pas les mains, c’est bien la vérité si on la considère dépouillée d’une eau commune qui n’est pas de son essence. En cet état il faut la regarder comme un sel volatil, ou si l’on veut comme une fumée très disposée à s’attacher à un soufre de sa nature, pour ne faire ensemble qu’un même corps, une même âme, & un même esprit. Quand nous disons qu’elle est l’eau des métaux, ce n’est pas qu’elle soit tirée des métaux, mais c’est parce qu’elle est la seule eau qui sympathise avec eux, qui soit capable de les purifier & de les perfectionner, on nous demandera peut-être, d’où peut venir cette eau, puisqu’elle n’est pas tirée des métaux, & que ses parties essentielles ont tant de rapport à celles de ces mixtes ? C’est une question à laquelle nous allons répondre.
Il nous est pas aussi nécessaire de savoir d’où peut venir originairement ce menstrue, qu’il nous est utile d’apprendre dans quel sujet la nature l’a placé, car ce serait une faible satisfaction pour un Lecteur impatient, si nous guidions son esprit dans la vaste étendue des airs, pour y aller chercher une chose qui se trouve communément en terre : il est vrai que la nature a eu soin de nous le cacher dans tous les sujets qui la renferment, & que bien qu’il soit à notre portée, il nous serait aussi difficile de le trouver sans une profonde méditation, qu’il le ferait de ne le pas trouver après l’avoir connu.
Il paraît que tous ceux qui ont mis ce menstrue en usage, les un l’ont préparé mediante aere, d’un être non spécifié à la nature d’aucun des règnes, ce qui est très possible, les autres l’ont trouvé dans les végétaux, après avoir excité en eux un certain mouvement d’une façon toute naturelle & pas un ne s’est mis en peine de le chercher dans le règne des métaux, parce que pour en tirer un menstrue, il faudrait que ces mixtes eussent été réincrudés eux-même par un agent externe. Les végétaux y sont d’autant plus propres, que leurs substances toutes volatiles pouvant se débarrasser avec facilité de leurs accidents, ‘après avoir acquis une impression que produit en eux ce mouvement extérieur) sont plus disposées à se joindre ensuite à celle des métaux, en les réincrudant & les volatilisant par la conformité de leur nature.
Ceux qui ont quelque teinture de notre Spagyrique, n’ignorent pas que les végétaux, outre une eau élémentaire, ont un double sel, & un double soufre qui sont volatiles de leur nature, & fixes par accident, que de ces deux soufres, l’un est propres aux végétaux & l’autre est minéral, lequel se fait voir dans les charbons & les blanchit, à cause que le sel y est en équilibre, on l’en peut tirer aussi bon que celui de la terre, il est même plus pur, comme on l’a fait voir dans nos expériences ; ce qui nous fait connaître que les minéraux entrent avec l’eau pour la nourriture des végétaux. Après cela il ne faut pas s’étonner si l’on a trouvé quelquefois dans les herbes, de l’étain, de l’argent, & du mercure, il est vrai que ces métaux ne faisaient pas partie du composé & qu’ils étaient renfermés dans leur pores accidentellement, toutefois le soufre qui est dans le charbon n’y est pas de la même manière, mais bien naturellement. D’où l’on voit que les principes métalliques se trouvent dans les végétaux, ce que nous disons du soufre, on en peut dire autant des autres principes.
Il est assez connu que les herbes prennent des qualités différentes selon la différence du terrain qui les produit. Le vin que le Philosophes Calistene appelait le Sang de la terre, nous en peut servir d’exemple, il est à présumer qu’un naturaliste qui saura le goûter, ne se trompera pas dans ses conjectures. Qui peut douter que les végétaux ne soient en commerce avec les minéraux & les minéraux avec les végétaux, puisqu’ils sont nourris d’aliments qui leur sont communs ? Un bon Artiste n’ignore pas le secret de les unir ensemble d’une union inséparable ce qui serait absolument impossible s’ils étaient de nature aussi différente que certaines personnes se le sont imaginées. Un Artiste sait enfin l’art de fixer naturellement la substance volatile des végétaux par les métaux, & celui de volatiliser, & de faire végéter les métaux par les végétaux.
Nous concluons que l’on doit tirer notre menstrue de cette chose non spécifiée, ou bien des sujet qui nous paraîtrons les plus convenables à notre dessein parmi les végétaux, lesquels nous donnerons cette substance qui étant bien purifiée, sera très disposée à extraire naturellement cette essence métallique tant désirée.
Nous n’avons plus qu’à un mot touchant la matière des Philosophes, & du sujet qui la contient. Nous avons assez fait voir dans nos écrits précédents que cette matière est le sel essentiel des métaux imparfaits, & que ces me^mes métaux sont les sujets qui le contiennent, ce que nous pourrions autoriser par le témoignage des Maître de l’Art, s’il en était nécessaire, (il y en a un pourtant qui le renferme avec des qualités si excellente, qu’il mérite bien qu’on abandonne ses compagnons pour ne s’attacher qu’à lui seul, si on le connaissait) c’est pourquoi il serait superflu d’en dire autre chose, si ce n’est que nous voulons avertir les Artistes, qu’ils aient à bien préparer les métaux dont ils auront fait choix pour en extraire leur semence, car il doivent être préparés différemment suivant leur constitution froide ou humide, chaude ou sèche, prenant garde de donner aucune atteinte à leur germe. Les uns tiennent d’une certaine onctuosité qu’il faut leur ôter, pour faciliter l’action de l’agent sur son patient. Les autres en étant exempts, ne demandent autre chose qu’une simple pulvérisation.
La matière étant extraite, purifiée, animée, on aura cette matière unique à laquelle on attribué tant d’actions différentes, qui se font d’elles-mêmes dans un seul vaisseau & dans un seul fourneau, sans que l’Artiste y mette la main. Les prétendus Savants qui publient qu’il y en a un autre, toute préparée par la nature, qui n’est ni animale, ni végétale, ni minérale, pouvant se purifier elle-même, & faire les autres opérations dont elle a besoin pour sa perfection sans le secours de l’artiste que de la simple administration d’un feu excitatif, ne seraient pas fâchés que nous eussions donné dans leur opinion ; mais comme nous n’avons voulu parler que de choses qui sont de notre connaissance, nous voulons bien encore avouer notre ignorance à l’égard de celles qui nous sont inconnues. Si cette matière en question est réellement existante, visible, palpable, ayant corps, âme, esprit, & sous la forme qu’on nous la dépeint, pourquoi ne la trouve-t*on pas ? Mais si elle ne subsiste que dans l’imagination des spéculatifs, que ces spéculatifs sont à plaindre de passer la plupart de leur temps à soutenir des paradoxes ! Ces personnes méprisent souvent le sentiment de ceux qui suivent un autre Système que le leur, quoique sans fondement. Il faudrait pour leur plaire écrire énigmatiquement & obscurcir une matière impénétrable par elle-même : Un livre à leur égard en serait d’autant plus estimable, qu’il serait moins intelligible, que leur importe puisqu’ils sont incapables de chercher la vérité de notre art dans les manipulations. Il y a des gens d’un autre caractère, qui bien loin de donner dans des être de raison chimériques, cherchent cette vérité par des voies plus solides, ils mettraient volontiers la main à l’œuvre, mais comme il faut être instruit auparavant, ils ont ce défaut de ne s’attacher pas assez à l’étude, & de trouver toujours trop obscurs les livres qui sont les plus clairs, il n’est pas bien aisé de les contenter tous. Quoiqu’il en soit, il s’en trouvera qui tiendront du milieu, & qui se contenteront d’en trouver un, lequel plus exempt que les autres de citation & de termes équivoques, donne assez le jour pour faire quelque progrès dans une Science aussi abstraite que celle que nous traitons ; il est vrai que deux mots qu’on pourrait y ajouter donneraient plus de lumière, & que ce serait rendre un grand service à ceux qui voudraient, comme on dit, trouver les morceaux tout apprêtés, mais il n’est pas juste de rendre public un secret qui n’a pas encore été déclaré, & ne le sera jamais a la lettre : on nous reprocherait avec trop d’avantage, ce qu’on a déjà fait d’écrire trop clairement. Quoique nous ayons d peint les sujets, plus intelligiblement qu’on n’a pas fait, cependant nous sommes persuadés qu’on ne donnera pas au but sans une grâce particuliers de celui qui en est le Maître. On aurait lieu de douter, à en juger par les apparences, si nous y avons donné nous-même. Combien d’écrivains font des livres qui traitent de sciences qu’ils ne connaissent pas, particulièrement de la Philosophie naturelle dont on a tant écrit bien ou mal ! à quoi nous répondons ce que nous avons déjà répondu à ceux qui nous l’ont demandé, que c’est à eux de le connaître, & qu’ils ne pourraient pas sans témérité entreprendre d’en décider, il faudrait être au fait pour en juger sainement (car il n’en est pas de même de cette connaissance que de celle des bon Tableaux qui ne demande que du jugement, mais dans celle dont il s’agit, outre le bon jugement dont on doit être pourvu, il faut encore avoir manipulé longtemps en naturaliste, & non comme font les chimistes ordinaires,) ce pourquoi il sera inutile dorénavant de nous faire cette question, c’est une chose qui ne les regardent pas tant que l’utilité qu’ils pourront retirer de la lecture écrits, supposés qu’ils y apportent un esprit nouveau & dégagé des erreurs d’une fausse Philosophie.
Il faut avouer qu’il a des personnes tellement prévenues de leur opinion & de leur prétendue capacité, pour avoir beaucoup de lecture, qu’elles ne voudraient pas se changer contre un Geber. Il serait à souhaiter qu’elles en demeurassent à la simple spéculation, parce que la pratique leur serait souvent très funeste. Il y a bien de l’apparence qu’elles ne gardent pas un certain milieu dans l’intelligence des livres, car quoiqu’ils ne doivent pas être entendus à la lettre, il ne s’ensuit pas qu’on doive rencontrer un mystère a chaque ligne, c’est ce qui arrive à certaines gens qui font dire aux Auteurs ce qu’ils n’ont jamais pensé. Si notre Art est une imitation de la nature, comme il est vrai, & que de tels Commentateurs fussent crûs quel trouble & quel confusion ne verrait-on pas dans l’Univers ! Lisons chers Inquisiteurs ; mais dépouillons-nous auparavant de cet amour propre qui est un écueil inévitable à notre avancement. Lisons les livres ; mais en les lisant, attachons-nous à ce qui a du rapport aux opérations de la nature, & que ce qui n’en a pas soit indigne de notre attention, lorsque nous aurons fait quelque progrès par la lecture, mettons la main aux opérations, & ne prenons jamais un ton décisif avec les autres, que l’expérience ne nous ait rendus certains ; mais ne nous trompons point par de fausses apparences, car les esprits des ténèbres prennent quelquefois la forme des esprit de lumière pour éprouver ceux qui ne se tiennent pas sur leur garde, ce que nous pouvons éviter si Dieu nous en fait la grâce.
APPROBATION.
J’ai lu par Ordre de Monseigneur de Garde des Sceaux, Ce Petit Traité des Dissolutions & Coagulations naturelles & artificielles, & je n’y ai rien trouvé qui en puisse empêcher l’impression. Fait à Paris ce trentième Janvier mille sept cent dix neuf.
ANDRY
AVIS.
Les curieux sont avertis qu’il sera dorénavant inutile de chercher à nous contacter au sujet de la Philosophie des Anciens : Nous les prions de se contenter de ce que nous avons bien voulu leur communiquer ; s’ils lisent nos Traités avec attention, ils y découvrirons facilement les points les plus essentiels & les plus difficiles d’un art dont la recherche occupe les plus grands génies, pour se procurer la santé dans les maladies, ou pour se la conserver jusqu’au moment inévitable auquel nous devons payer le tribut ordinaire à la nature, sans être obligé de recourir aux préparations communes de la Pharmacie qui ne conviennent presque jamais à nos constitutions, & qui causent souvent à nos corps un dérangement dont on s’aperçoit que trop tôt. Comme la nature se plait dans la simplicité, nous devons rechercher cette simplicité dans nos remèdes & nos préservatifs, qui a-t-il de plus simple que notre Médecine, puisqu’elle n’est faite que d’une seule chose ?quoi de plus conforme à notre chaleur naturelle, puisque cette chose est une substance concentrée de l’air qui nous anime ? & quoi de plus incorruptible, puisqu’elle empêche le la corruption des choses avec lesquelles elle est jointe, & qu’elle perfectionne même par la plus que perfection qu’elle a reçue par le moyen de l’art.
Notre quintessence toute pure & toute simple ; étant de soi-même indéterminée, doit nécessairement recevoir sa détermination par des simples de l’espèce que nous avons dessein de perfectionner ou par des choses qui lui conviennent. Voulons-nous chasser les maladies qui nous accablent ? mêlons-là avec des choses que les habiles Médecins ont reconnues propre à les guérir ou à s’en préserver. Voulons-nous nous opposer aux attaques d’un air empesté, causé par des vapeurs arsenicales ou de quelque matière pestilentielle qui infecte l’air & le corrompt, qui cause la peste, le pourpre & toutes les maladies contagieuses qui attaquent les Hommes & les autres animaux, selon la disposition de leurs pores & de leurs humeurs ? D’un air corrompu encore par des vapeurs minérales & malignes, comme on le remarque dans quelques maladies contagieuses qui corrompent & dissolvent entièrement la masse du sang & des esprits, qui brisent les fibres & détruisent l’union & l’harmonie de ses principes ; ayons recours à notre Antidote, qui saura bien nous défendre par son irradiation de l’insulte de nos ennemis.
Nous ne voulons pas faire entendre que notre Médecine puisse chasser indifféremment toutes sortes de maladies, car il en est qui ont pris de si profondes racines, qu’il est impossible à cette panacée, quoique la plus excellente de toutes, de les arracher des sujet où elles sont une fois attachées ; joint à cela que Dieu qui permet que nous en soyons affligés pour l’expiation de nos fautes ou pour empêcher notre perte, vaut quand il lu plait que certains maux refusent leur guérison. Nous devons adresser à ce souverain Médecin pour lui demander cette guérison que les hommes ne sauraient nous donner, & ne point l’irriter en rendant nous-mêmes, par notre impatience, nos maux encore incurables : soumettons-nous à sa sainte volonté & lui demandons la grâce que les ayant supportés avec patience, il nous accorde après cette vie, une santé que rien ne peut plus altérer.