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Bibliothèque Numérique Alchimique du Merveilleux (BNAM)
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L’ALLÉGORIE DE MERLIN

Cette courte allégorie existe en latin dans un manuscrit du XIVe ou XVe siècle, à la Bibliothèque de Paris ; notons que le nom de Merlin n’est pas mentionné dans le titre. On la trouve aussi dans un abrégé alchimique, le Artis Auriferiae (1593), sous le titre de « Merlini-Allegoria, profundissimum Philosophici Lapidis Arcanum perfecte continens »...

Article mis en ligne le 22 février 2010
dernière modification le 7 janvier 2022

L’ALLÉGORIE DE MERLIN

Cette courte allégorie existe en latin dans un manuscrit du XIVe ou XVe siècle, à la Bibliothèque de Paris ; notons que le nom de Merlin n’est pas mentionné dans le titre. On la trouve aussi dans un abrégé alchimique, le Artis Auriferiae (1593), sous le titre de « Merlini-Allegoria, profundissimum Philosophici Lapidis Arcanum perfecte continens ».

Louis Figuier (1819-1894), surtout connu pour ses beaux livres de vulgarisation des sciences et des techniques, a écrit un ouvrage apprécié, mais critiqué pour quelques inexactitudes, qu’il a intitulé L’Alchimie et les Alchimistes (1854) où l’on découvre la traduction de l’Allégorie de Merlin qui est présentée ici. Louis Figuier introduit l’allégorie par ces lignes :

« La préparation de la pierre philosophale est souvent présentée, dans les ouvrages de cette époque, sous la forme d’allégorie ou de parabole. Une de ces allégories fort admirée au Moyen Âge a beaucoup excité la sagacité des adeptes ; on la connaissait sous le nom d’Allégorie de Merlin, bien que le célèbre enchanteur n’ait rien eu de commun avec les alchimistes. »

Sur les origines de ce petit texte, il ajoute :

« L’auteur de cette allégorie n’est pas connu ; la couleur orientale de son style lui a fait attribuer une origine arabe, mais l’imitation de ce style est trop aisée pour que cet argument ait de la valeur. L’expression de « pierre philosophale » que porte le titre de l’allégorie, ne se trouvant jamais chez les auteurs arabes, cette pièce appartient sans doute à quelques écrivains du Moyen Âge. »

L’allégorie de Merlin est apparentée au récit de la Parabole de Madathanus et à l’Allégorie de Duenech. Une partie de cette légende se retrouve aussi dans le XLVIIIe emblème de l’Atalante fugitive de Michel Maier qui est placé ici à la suite de l’Allégorie. Cependant chez Maier qui connaissait l’Allégorie de Merlin, c’est le roi de Perse Xerxès qui est soigné, et non Merlin.

Le roi Merlin de l’allégorie ressemble peu à notre Merlin l’enchanteur, cependant il a pu être choisi pour ses qualités de mage plutôt que pour sa royauté, et aussi parce qu’il connaissait la fontaine de Jouvence de Barenton. Notons que Nicolas Flamel évoque Merlin dans son Désir désiré et Bernard le Trévisan, dans sa Parole délaissée.

L’ALLEGORIE DE MERLIN

Un roi, voulant détruire de puissants ennemis, se prépara à soutenir contre eux la guerre. Au moment de monter à cheval, il ordonna à un de ses soldats de lui donner à boire de l’eau qu’il aimait beaucoup. Celui-ci, répondant, dit : « Seigneur, quelle est cette eau que vous me demandez ? » « C’est, dit le roi, l’eau que j’aime le plus et dont je suis aimé entre tous. » Le soldat alla aussitôt et l’apporta. Le roi la reçut et but longtemps, jusqu’à ce que ses membres furent enflés et ses veines remplies ; il devint extrêmement pâle ; alors ses soldats lui dirent : « Seigneur, voici le cheval, vous plaît-il de monter ? » Mais le roi, répondant, dit : « Sachez que je ne puis monter. » « Pourquoi ne pouvez-vous monter ? » dirent les soldats. « Sachez, leur dit le roi, que je me sens appesanti et que j’ai de grandes douleurs de tête ; il me semble que tous mes membres se détachent de moi. Je vous ordonne en conséquence de me placer dans une chambre claire, d’apporter cette chambre dans un lieu chaud et sec, entretenu nuit et jour à une chaleur modérée. Ainsi je suerai ; l’eau que j’ai bue disparaîtra, et je serai délivré. » Les soldats firent ce que le roi avait ordonné. Au bout du temps requis, ils ouvrirent la porte et trouvèrent le roi demi-mort. Les parents coururent aussitôt vers les médecins d’Egypte et d’Alexandrie, qu’il faut honorer entre tous, et les amenèrent avec eux en leur racontant l’évènement. Ceux-ci ayant vu le roi déclarèrent qu’il était facile de le délivrer ; les parents dirent alors en s’adressant aux médecins : « Qui de vous s’en chargera ? » « Nous, s’il vous plaît, » dirent les médecins d’Alexandrie ; mais les médecins d’Egypte reprirent : « Cela ne nous plaît point ; c’est nous que ce soin regarde, car nous sommes les plus anciens. » Les Alexandrins y ayant consenti, les médecins d’Egypte prirent le roi, le coupèrent en petits morceaux, et, l’ayant humecté avec un peu de leur médecine, ils le remirent dans sa chambre dans un lieu sec et chaud, entretenu nuit et jour, comme auparavant, à une chaleur modérée ; on le retira presque mort et ne conservant qu’un souffle de vie. Ce que voyant, les parents se mirent à crier en disant : « Hélas ! Le roi est mort ! » « Il n’est point mort, reprirent les médecins, ne criez pas, car il dort, et son sommeil va finir. » Ils reprirent le roi, le lavèrent avec une eau douce jusqu’à ce que le goût de la médecine eût disparu ; ils le lavèrent encore avec la même médecine et le replacèrent dans le même lieu qu’auparavant ; mais, quand on le retira, les parents se mirent de nouveau à crier forcement : « Hélas ! Le roi est mort ! – Nous avons tué le roi, reprirent les médecins, afin qu’il reparaisse en ce monde, après sa résurrection au jour du jugement, meilleur et plus fort qu’auparavant. » Ce qu’entendant les parents, ils regardèrent les médecins comme des imposteurs, et aussitôt ils leur enlevèrent leur médecine et les chassèrent hors du royaume. Cela fait, ils se mirent à délibérer entre eux, pour savoir ce qu’on devait faire de ce cadavre empoisonné. Il fut convenu de l’ensevelir, de peur que l’odeur de sa putréfaction ne devint nuisible ; mais les médecins d’Alexandrie, entendant cela, vinrent à eux et dirent : « N’ensevelissez pas le roi, car si vous le voulez nous vous le rendrons plus sain et plus beau qu’auparavant. » Mais les parents se mirent à sourire en disant : « Voulez-vous vous moquer de nous comme les autres ? Sachez que, si vous ne tenez pas vos promesses, vous ne sortirez pas de nos mains. » Les médecins prirent donc le cadavre du roi, le lavèrent jusqu’à ce que toute la médecine qui restait fut enlevée, et le firent sécher. Ils prirent ensuite une partie de sel ammoniac et deux partie de nitre alexandrin, qu’ils mêlèrent avec la poudre du mort ; avec un peu d’huile de lin, ils en firent une pâte et la placèrent dans une chambre faite en forme de croix, avec une ouverture à la partie inférieure ; ils le placèrent au-dessous de cette ouverture, dans un autre vase, fait en forme de croix, et le laissèrent là une heure. Enfin ils le couvrirent de feu et soufflèrent jusqu’au point de le faire fondre ; il descendit alors par l’ouverture dans la chambre placée au-dessous. Enfin le roi, revenant de la mort à la vie, jeta un grand cri : « Où sont les ennemis ? dit-il. Je les tuerai tous, s’ils ne viennent sans retard se soumettre à moi. »

Tous accoururent donc vers lui en disant : « Seigneur, nous voici, nous sommes prêts à obéir à vos ordre. » C’est pourquoi depuis ce moment, les rois et les puissants des autres nations l’honorèrent avec crainte comme auparavant.

Et, quand on voulait voir de ces merveilles, on plaçait dans un vase une once de mercure bien lavé, et on jetait à sa surface à peu près la grosseur d’un grain de millet, des ongles, des cheveux ou du sang du roi, et en soufflant légèrement les charbons, on trouvait la pierre que je sais bien ; on projetait un peu de cette pierre sur du plomb purifié, lequel prenait aussitôt la forme que je sais bien ; on plaçait ensuite une partie de cela sur dix parties de cuivre, et le tout devenait excellent et d’une seule couleur ; on prenait alors cette troisième pierre, on la mêlait comme plus haut avec du sel et de l’or ; on la liquéfiait, et on jetait ces sels dissous sur du petit-lait de chèvre. Ainsi s’accomplissait l’œuvre excellente entre toutes.

Conserve, frère, ce traité et veille bien sur lui, car la meilleure chose est sottise parmi les fous, mais non parmi les sages. Voilà le chemin des trois jours royaux par lesquels, avec un peu de travail, un grand bénéfice t’est réservé.

EMBLEME XLVIII
DE
L’ATALANTE FUGITIVE

Le Roi, ayant bu des eaux, a contracté un mal et, soigné par les médecins, il obtient la santé.

Epigramma XLVIII.

Riche en peuples, en biens, un roi aimait les eaux
D’une source, et s’en fit apporter par ses gens.
Il en boit longuement ; ses veines s’en emplissent.
Pâle, il est assisté par de grands médecins.
Et quand ils l’ont purgé par la sueur, le ventre,
La bouche, on voit ses joues qui se teignent de roses.
DISCOURS XLVIII.

Alors que Xerxès, le fameux et très puissant roi de Perse, conduisait son armée à travers des lieux secs et incultes sous la chaleur ardente, il ne cracha pas quelques gouttes d’eau trouble qu’un soldat lui présentait, mais il les but avec beaucoup de plaisir et récompensa celui qui lui avait apporté cette offrande par un très riche présent. Et certes si quelqu’un à notre époque même (ainsi que l’attestent certaines histoire » très récentes) voyage aux confins de la Perse, il ne trouve que rarement, dit-on, des fontaines d’eau douce, car les eaux stagnantes y sont salées et le sol lui-même présente une grande abondance de substance salée à sa surface. De même le roi dont les philosophes ont fait mention est tourmenté par la soif et a donné l’ordre qu’on lui prépare une grande quantité d’eau douce et, quand on la lui a apportée, il boit jusqu’à satiété, comme chacun peut le voir d’après l’allégorie de Merlin. La guérison du roi malade et ayant perdu toute couleur est entreprise par divers médecins. Les Egyptiens chassèrent les humeurs encore crues en faisant boire leurs médecines, humeurs dont Hippocrate affirme qu’on doit les purger quand elles ont subi une coction, à moins qu’elles ne soient fluides et mobiles. Alors en effet il faut les faire sortir rapidement pour éviter qu’elles n’attaquent et n’assaillent des parties ou des viscères plus nobles. C’est de là que sont survenus chez le roi des symptômes dangereux, comme la lipothymie et la syncope. Les médecins alexandrins arrivant les derniers auprès d’un mal devenu chronique furent tenus pour plus heureux puisqu’ils rendirent le roi à sa santé primitive.

Prodiguer des soins à un si grand roi paraît chose nécessaire, puisque lorsqu’il a été guéri il offre à son médecin une main bienveillante et un visage serein. Nous lisons qu’un grand nombre de guérisons furent récompensées par divers rois de façon magnifique. Ainsi Démocrite reçut deux talents de Polycrate, tyran de Samos ; Erasistrate (qui, selon Pline, fut le disciple de Chrysippe et eut pour mère la fille d’Aristote), pour avoir guéri le roi Antiochus que rendait malade l’amour de sa belle-mère Stratonice, obtient cent talents de son fils Ptolémée ; Jacques Coctier, médecin du roi de France Louis II reçut de celui-ci, comme honoraires, une pension mensuelle de quatre mille couronnes ; et nous ne faisons pas mention d’autres, plus récents. Mais la guérison de notre roi est récompensée par un présent et un prix bien plus grands encore. Hermès et Geber disent en effet dans le Rosaire : « Celui qui aurait accompli une seule fois cet art, s’il devait vivre mille ans et nourrir tous les jours quatre mille hommes, ne serait pas dans le besoin ». Et Senior le confirme en disant : « Celui qui possède la pierre de laquelle on tire l’élixir est aussi riche que celui qui possède le feu. Il peut donner du feu à qui il veut, quand il veut et autant qu’il veut, sans danger ni manque pour lui. » Le père de Démocrite fut si riche qu’il donna un banquet à l’armée de Xerxès, et un certain Pythius offrit au même roi la solde et le ravitaillement de son armée pour cinq mois, à condition qu’il ne contraignît pas son fils cadet, unique consolation de sa vieillesse, à se rendre dans le camp royal et qu’il lui permît de le garder chez lui. Mais le roi barbare, accueillant d’une façon très indigne la requête de Pythius, ordonna que son cadet fût tranché en deux parties et fixé sur des pals de chaque côté de la voie royale par laquelle l’armée tout entière devait passer, comme le note Sabellicus au Livre II de la III Ennéade.

Pourtant les richesses des hommes ne sont rien en comparaison des biens de ce roi, qui sont sans mesure et sans nombre. Lorsqu’il a été guéri et libéré des eaux, tous les rois et tous les puissants des autres pays l’ont honoré et craint. Et quand ils voulaient voir l’un de ses miracles ils plaçaient dans le creuset une once de mercure bien lavé et projetaient dessus comme un grain de mil de ses ongles, de ses cheveux ou de son sang, chauffaient légèrement avec des charbons, laissaient le mercure refroidir avec les autres corps, et trouvaient la pierre que je sais. C’est le roi dont le comte Bernard rappelle qu’il donne à six (te ses conseillers autant de son royaume qu’il en possède lui-même, pourvu qu’ils attendent qu’il ait recouvré la jeunesse dans le bain et ait été paré de vêtements variés, à savoir, d’une cuirasse noire, d’une robe blanche et de sang pourpre. Car il promet de donner alors à chacun de son sang et de les rendre participants de ses richesses.