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Bibliothèque Numérique Alchimique du Merveilleux (BNAM)
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Hermès dévoilé
Hermès dévoilé (suite)
Cyliani

Hermès dévoilé

Article mis en ligne le 1er février 2010
dernière modification le 12 mai 2014

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C’est alors que je distillai sans feu, le mieux qu’il me fut possible, le liquide précieux qui surnageait la
matière contenant son feu intérieur, et le mis dans un vase en verre blanc, bien bouché à l’émeri, dans un
lieu humide et froid.
Je pris la matière noire et le fis dessécher à la chaleur du soleil, comme je l’ai déjà dit, en réitérant les
imbibitions avec l’esprit astral, les cessant aussitôt que j’apercevais la matière qui commençait à se sécher
et la laissant ainsi se dessécher d’elle-même, et cela autant de fois qu’il fut nécessaire pour que la matière
devînt comme une poix noire luisante. Alors la putréfaction fut totale, et je cessai le feu extérieur, afin de ne point endommager la matière en brûlant l’âme tendre de la terre noire. Par ce moyen la matière parvint
au fumier de cheval, à son imitation ; il faut, suivant le dire des philosophes, laisser agir la chaleur
intérieure de la matière elle-même.
Il faut ici recommencer le feu extérieur pour coaguler la matière et son esprit. Après l’avoir laissé
dessécher d’elle-même, on l’imbibe peu à peu et de plus en plus de son liquide distillé et réservé qui
contient son propre feu, la broyant imbibée et desséchant à une légère chaleur solaire, jusqu’à ce qu’elle
ait bu toute son eau. Par ce moyen l’eau est changée entièrement en terre, et cette dernière, par sa
dessiccation, se change en une poudre blanche que l’on appelle aussi air, qui tombe comme une cendre,
contenant le sel ou le mercure des philosophes.
Dans cette première opération, on voit que la dissolution ou l’eau s’est changée en terre et celle-ci par
subtilisation ou sublimation se change en air par l’art où s’arrête le premier travail.
On prend cette cendre que l’on fait dissoudre peu à peu à l’aide du nouvel esprit astral, en laissant après la
dissolution et la décantation, une terre noire qui contient le soufre fixe. Mais en réitérant l’opération sur
cette dernière dissolution, absolument comme nous venons de la décrire précédemment, on obtient une
terre plus blanche que la première fois, qui est la première aigle, et l’on réitère ainsi sept à neuf fois. On
obtient par ce moyen le menstrue universel, ou le mercure des philosophes, ou l’azote, à l’aide duquel on
extrait la force active et particulière de chaque corps.
Il est bon d’observer ici qu’avant de passer de la première aigle à la deuxième, ainsi qu’aux suivantes, il
faut réitérer l’opération précédente sur la cendre restée, si le sel n’est pas, par le feu central de la matière,
suffisamment élevé par la sublimation philosophique, afin qu’il ne reste après l’opération qu’une terre
noire dépouillée de son mercure.
Faites bien attention ici qu’à la suite du gonflement de la matière dans la fermentation qui suit la
dissolution, il se forme à la partie supérieure de la matière une espèce de peau sous laquelle se trouvent
une infinité de petites bulles qui contiennent l’esprit. C’est alors qu’il faut conduire avec prudence le feu,
vu que l’esprit prend une forme huileuse et passe à un certain degré de siccité.
Aussitôt que la matière est dissoute, elle se gonfle, entre en fermentation et rend un léger bruit, ce qui
prouve qu’elle contient en elle un germe vital qui se dégage sous forme de bulles.
Pour bien faire l’opération que je viens de décrire il faut observer le poids, la conduite du feu et la
grandeur du vase. Le poids doit consister dans la quantité d’esprit astral nécessaire à la dissolution de la
matière. La conduite du feu extérieur doit être dirigée de manière à ne pas faire évaporer les bulles qui
contiennent l’esprit par une trop grande quantité de feu, et à ne point brûler les fleurs ou le soufre en
continuant le feu extérieur, de manière à pousser trop loin la siccité de la matière après sa fermentation et
sa putréfaction, afin de ne pas voir le rouge avant le noir.
Enfin, la grandeur du vase doit être calculée sur la quantité de la matière, de manière que celle-ci ne
contienne que le quart de sa capacité : entendez-moi.
N’oubliez pas aussi que la solution mystérieuse de la matière ou le mariage magique de Vénus avec Mars
s’est fait dans le temple dont je vous ai précédemment parlé, par une belle nuit, le ciel calme et sans
nuages, et le soleil étant dans le signe des Gémeaux, la lune étant de son premier quartier à son plein, à
l’aide de l’aimant qui attire l’esprit astral du ciel, lequel est sept fois rectifié jusqu’à ce qu’il puisse calciner
l’or.
Enfin la première opération étant terminée on a l’azote, ou le mercure blanc, ou le sel ou le feu secret des
philosophes. Certains sages la font derechef dissoudre dans la moindre quantité d’esprit astral nécessaire
pour en faire une dissolution épaisse.
Après l’avoir dissoute, ils l’exposent dans un lieu froid pour obtenir trois couches de sel.
Le premier sel a l’aspect de laine, le deuxième d’un nitre à très petites aiguilles et le troisième est un sel
fixe alcalin.
Des philosophes les emploient séparément, d’autres les réunissent ensemble comme l’indique A. de
Villeneuve dans son Petit Rosaire fait en 1306 à l’article des « Deux Plombs », et les font dissoudre dans
quatre fois leur poids d’esprit astral, afin de faire toutes leurs opérations.
Le premier sel est le véritable mercure des philosophes, il est la clef qui ouvre tous les métaux, à l’aide
duquel on extrait leurs teintures ; il dissout tout radicalement, il fixe et mûrit pareillement tout en fixant
les corps par sa nature froide et figeante. Bref, c’est une essence universelle très active ; c’est le vase dans
lequel toutes les opérations philosophiques se font. On voit donc que le mercure des sages est un sel
qu’ils nomment : eau sèche qui ne mouille pas les mains ; mais pour s’en servir, il faut le dissoudre dans
l’esprit astral, comme nous l’avons déjà dit. On emploie dix parties de mercure contre une d’or.
Le deuxième sel sert à séparer le pur de l’impur et le troisième sel sert à augmenter continuellement notre
mercure.
DEUXIÈME OPÉRATION
CONFECTION DU SOUFRE
La teinture extraite de l’or vulgaire s’obtient par la préparation de son soufre, qui est le résultat de sa
calcination philosophique qui lui fait perdre sa nature métallique et la change en une terre pure ;
calcination qui ne peut avoir lieu par le feu vulgaire, mais seulement par le feu secret qui existe dans le
mercure des sages, vu sa propriété double ; et c’est en vertu de ce feu céleste, secondé par la trituration,
qu’il pénètre dans le centre de l’or vulgaire, et que le feu central double de l’or, mercuriel et sulfureux, qui
s’y trouve comme mort et emprisonné, se trouve délié et animé. Le même feu céleste, après avoir extrait
la teinture de l’or, la fixe par sa qualité froide et figeante ; et elle devient parfaite pouvant se multiplier en
qualité ainsi qu’en quantité. Cette terre une fois arrivée à la fixité affecte une couleur de fleur de pêcher
qui donne la teinture ou le feu qui est alors l’or vital et végétatif des sages ; ce qui a lieu par la
régénération de l’or par notre mercure.
Il faut donc commencer à résoudre l’or vulgaire en sa matière spermatique par notre eau de mercure ou
notre azote.
Pour y parvenir, il faut réduire l’or en une chaux ou oxyde d’un rouge brun très pur, et après l’avoir lavé à
diverses fois avec de l’eau de pluie bien distillée à petit feu, on le fera légèrement sécher à une chaleur de
soleil ; c’est alors qu’on le calcinera avec notre feu secret. C’est à cette occasion que les philosophes
disent : les chimistes brûlent avec le feu et nous avec l’eau.
Après avoir imbibé et broyé légèrement l’oxyde d’or bien calciné ayant son humidité et lui avoir fait boire
son poids de sel ou de terre sèche qui ne mouille pas les mains, et les avoir bien incorporés ensemble, on
les imbibera derechef en augmentant successivement les imbibitions jusqu’à ce que le tout ressemble à
une bouillie légèrement épaisse. Alors on mettra dessus une certaine quantité d’eau de mercure
proportionnée à la matière, de manière qu’elle surnage cette dernière ; on laissera le tout à la douce
chaleur du bain-marie des sages pendant cinq jours, au bout desquels on décantera la dissolution dans un
vase que l’on bouchera bien, et que l’on mettra dans un lieu humide et froid.
On prendra la matière non dissoute, que l’on fera dessécher à une chaleur semblable à celle du soleil ;
étant suffisamment sèche, on recommencera les fréquentes imbibitions et triturations comme nous
l’avons précédemment dit, afin d’obtenir une nouvelle dissolution, que l’on réunira avec la première en
réitérant ainsi jusqu’à ce que vous ayez dissous tout ce qui peut l’être et qu’il ne reste plus que la terre
morte de nulle valeur. La dissolution étant terminée et réunie dans le vase en verre bien bouché dont nous
avons précédemment parlé, sa couleur est semblable à celle du lapis lazuli. On placera ce vase dans un
lieu le plus froid que faire se pourra pendant dix jours, puis on mettra la matière à fermenter comme nous
l’avons dit dans la première opération, et par le propre feu interne de cette fermentation, il se précipitera
une matière noire ; on distillera adroitement et sans feu la matière, en mettant le liquide séparé par la
distillation qui surnageait la terre noire dans un vase bien bouché et dans un lieu froid.
On prendra la terre noire séparée par distillation de son liquide, on la laissera se dessécher d’elle-même,
puis on l’imbibera derechef avec le feu extérieur ; c’est-à-dire avec le mercure philosophique, vu que
l’arbre philosophique demande à être de temps en temps brûlé par le soleil et puis rafraîchi par l’eau.
Il faut donc alterner le sec et l’humide, afin de hâter la putréfaction, et lorsqu’on aperçoit la terre qui
commence à se dessécher, on suspend les imbibitions, puis on la laisse se dessécher d’elle-même jusqu’à
ce qu’elle soit parvenue à une société convenable et l’on réitère ainsi jusqu’à ce que la terre ressemble à
une poix noire alors la putréfaction est parfaite.
Il faut ici se rappeler ce que nous avons dit dans la première opération, afin de ne pas laisser volatiliser
l’esprit, ou brûler les fleurs en suspendant à propos le feu extérieur lorsque la putréfaction est totale.
La couleur noire. que l’on obtient au bout de quarante ou cinquante jours toutes les fois que l’on a bien
administré le feu extérieur est une preuve que l’or vulgaire a été changé en terre noire, que les
philosophes appellent leur fumier de cheval.
Comme le fumier de cheval agit par la force de son propre feu, pareillement notre terre noire dessèche en
elle-même sa propre humidité onctueuse par son propre double feu et se convertit après avoir bu toute
son eau distillée et être devenue grise, en une poudre blanche nommée air par les philosophes, ce qui
constitue la coagulation, comme nous l’avons précédemment décrit dans la première opération.
Lorsque la matière est blanche, la coagulation étant terminée, on la fixe en portant la matière à une plus
grande dessiccation à l’aide du feu extérieur, en suivant la même marche que nous avons suivie dans la
coagulation précédente, jusqu’à ce que la couleur blanche soit changée en couleur rouge que les
philosophes appellent l’élément du feu. La matière arrive d’elle-même à un degré de fixité si grand,
qu’elle ne craint plus les atteintes du feu extérieur ou ordinaire, qui ne peut plus lui être préjudiciable.
Non seulement il faut fixer la matière comme nous venons de le faire ; mais il faut encore la lapidifier, en
portant la matière à avoir l’aspect d’une pierre pilée, eu se servant du feu ardent, c’est-à-dire du premier feu employé, et suivant les mêmes moyens précédemment décrits, afin de changer la partie impure de la
matière en terre fixe, en privant aussi la matière de son humidité saline.
Alors on procède à la séparation du pur, de l’impur de la matière ; c’est le dernier degré de la régénération,
qui se finit par la solution.
Pour y parvenir, après avoir bien broyé la matière et l’avoir placée dans le vase sublimatoire, haut,
comme nous l’avons déjà dit, de trois à quatre doigts, en bon verre blanc et d’une épaisseur double de
celle ordinaire, on verse dessus de l’eau mercurielle, qui est notre azote, dissous dans la quantité d’esprit
astral qui lui est nécessaire et précédemment indiquée, en graduant son feu de manière à l’entretenir à une
chaleur tempérée, en lui donnant sur la fin une quantité de ce mercure philosophique comme pour fondre
la matière. Par ce moyen, on porte toute la partie spirituelle de cette dernière dans l’eau et la partie
terreuse va au fond ; on décante son extrait, et on le met dans la glace, afin que la quintessence huileuse se
rassemble et monte au-dessus de l’eau et y surnage comme une huile, et l’on jette la terre restée au fond
comme inutile, car c’est elle qui tenait emprisonnée la vertu médicinale de l’or, ce qui fait qu’elle est de
nulle valeur.
Or. sépare cette huile surnageant à l’aide d’une plume blanche de pigeon bien lavée et mouillée et l’on
prend garde de ne point en perdre car elle est la vraie quintessence de l’or vulgaire régénéré, dans laquelle
les trois principes s’y trouvent réunis ne pouvant plus être séparés l’un de l’autre.
Observez bien ici qu’il ne faut pas pousser la lapidification de la manière trop loin afin de ne pas changer
l’or calciné en une espèce de cristal. Il faut avec adresse régler le feu extérieur pour qu’il dessèche peu à
peu l’humidité saline de l’or calciné, en le changeant en une terre molle qui tombe comme une cendre, par
suite de sa lapidification ou plus ample dessiccation.
L’huile obtenue ainsi par la séparation est la teinture, ou le soufre, ou le feu radical de l’or, ou, la véritable
coloration ; elle est aussi le vrai or potable ou la médecine universelle pour tous les maux qui affligent
l’humanité. On prend aux deux équinoxes de cette huile la quantité nécessaire pour teindre légèrement
une cuillerée à soupe de vin(?) blanc ou de rosée distillée, vu qu’une grande quantité de cette médecine
détruirait l’humide radical de l’homme en le privant de la vie.
Cette huile peut prendre toutes les formes possibles et se former en poudre, en sel, en pierre, en esprit,
etc., par sa dessiccation à l’aide de son propre feu secret. Cette huile est aussi le sang du lion rouge.
Les anciens la représentaient sous l’image d’un dragon ailé qui se repose sur la terre. Enfin cette huile in
consumable est le mercure aurifique. Étant faite, on la partage en deux portions égales ; on en conserve
une partie à l’état d’huile dans un petit bocal en verre blanc, bien bouché à l’émeri, que l’on conserve dans
un lieu sec, pour s’en servir à faire des imbibitions dans les règnes de Mars et du Soleil comme je le dirai
à la fin de la troisième opération, et l’on fait dessécher l’autre portion jusqu’à ce qu’elle soit réduite en
poudre, en suivant les mêmes moyens que j’ai indiqués précédemment pour dessécher la matière et le
coaguler ; alors on partage cette poudre pareillement en deux portions égales ; on en fait dissoudre une
partie dans quatre fois son poids de mercure philosophique, pour imbiber l’autre moitié de la poudre
réservée.
TROISIÈME OPÉRATION
CONJONCTION DU SOUFRE
AVEC
LE MERCURE DES PHILOSOPHES
C’est ici où les philosophes commencent presque tous leurs opérations, ce qui a induit beaucoup de
personnes en erreur. C’est aussi dans cette opération où l’on réunit le soufre des philosophes avec leur
mercure. Presque tous les sages ont nommé fermentation cette dernière opération, vu que c’est dans
celle-ci que de nouveau le soufre se dissout, qu’il fermente, se putréfie et ressuscite par sa nouvelle
régénération avec une force décuple.
Cette opération diffère des deux précédentes, ce qui fait que les philosophes la composent de sept degrés
auxquels ils ont attribué une planète.
Pour faire cette opération, il faut prendre la moitié de la poudre réservée dont je vous ai déjà parlé et
l’imbiber peu à peu, vu qu’en l’imbibant en trop grande quantité on résout derechef le soufre en huile, qui
se sublime en surnageant l’eau, ce qui empêche la réunion du soufre et du mercure, faute grave qui s’est
opposée à la réussite de plusieurs philosophes. Il faut donc imbiber la matière goutte par goutte en
l’aspergeant, afin d’opérer la réunion de la Lune avec le Soleil des Anges en formant ensemble une
bouillie épaisse.
Le feu externe, qui sert à faire ces imbibitions, est celui dont nous avons déjà parlé lorsque nous avons
fait dissoudre le quart de l’huile aurifique réduite en poudre dans la quantité de mercure philosophique
qui lui était nécessaire pour se dissoudre ; ce feu extérieur se trouve réglé par la quantité de la matière.
Il faut ici avoir soin d’entretenir la matière dans un état d’onctuosité par les imbibitions réitérées autant de
temps qu’il sera nécessaire pour faire gonfler la matière et la faire entrer en fermentation. Sa dissolution
est terminée lorsque la matière affecte une couleur bleuâtre ; on appelle cette dissolution rebis ou double
mercure et le degré du mercure. Cette dissolution est de suite suivie de la fermentation ; alors on cesse les
imbibitions et le feu extérieur, en laissant agir tout seul et de lui-même le feu intérieur de la matière,
jusqu’à ce que la matière soit tombée au fond du vase, où elle devient noire comme du charbon ; c’est
alors que commence le premier degré appelé celui de Saturne et que l’on distille sans feu, le liquide
surnageant la matière noire, en suivant la marche que nous avons décrite aux deux précédentes
opérations.
On laisse sécher la matière noire d’elle-même, et lorsqu’elle est parvenue à un état de siccité convenable,
on l’imbibe derechef avec le feu extérieur, en cessant les imbibitions quand on voit la matière commencer
à se sécher ; on la laisse acquérir d’elle-même un certain degré de siccité, et l’on continue, en réitérant
ainsi jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à sa putréfaction totale ; alors on cesse le feu extérieur pour ne pas
endommager la matière.
Par suite de l’action du propre feu de la matière, celle-ci de noire devient grise, sans que l’on soit obligé
de lui administrer le feu extérieur : on est alors rendu au degré de Jupiter. C’est dans ce degré que l’on voit
paraître les couleurs de l’arc-en-ciel, qui se trouvent remplacées par une espèce de peau d’un brun noir
qui acquiert de la siccité, se fend et devient grise, entourée à la paroi du vase d’un petit cercle blanc.
La matière étant parvenue à ce point, on pourrait s’en servir comme médecine. Dans ce cas, il faudrait
laisser sécher la matière et la faire devenir une poudre blanche, en employant les mêmes procédés déjà
décrits pour obtenir cette couleur que l’on fera devenir rouge à l’aide du feu secret.
Cette médecine aurait alors une vertu décuple de la première dont j’ai parlé. Mais désirant s’en servir pour
la transmutation des métaux, après l’avoir bien desséchée, on n’attend pas qu’elle soit devenue blanche ;
mais on la rend telle en l’amalgamant à parties égales avec du mercure vulgaire de commerce, purifié
avec soin par distillation, bien sublimé et revivifié ; il est le lait ou la graisse de la terre.
En effet, lorsque le mercure vulgaire est amalgamé avec la matière, le tout se dissout sous l’aspect d’un
liquide blanc comme du lait, qui se trouve fixé par la matière en un sel fixe, par l’action de son propre
feu.
Alors on recommence les lavations mercurielles qui la rendent blanche comme cristal, à l’aide de sept
lavations différentes, à chacune desquelles on ajoute le mercure revivifié à partie égale comme je l’ai dit
ci-dessus, puis par moitié, tiers, quart, cinquième, sixième et septième partie du poids de la matière fixée,
afin que le poids de la matière soit toujours plus grand que celui du mercure revivifié employé.
Mais dès la première lavation à partie égale il faut ne pas cesser ni jour, ni nuit le feu, c’est-à-dire les
imbibitions du liquide distillé qui contient le feu de la matière, afin que celle-ci ne soit pas saisie par le
froid et perdue : le composé est le laiton des philosophes, qu’il faut blanchir par de fréquentes imbibitions
jusqu’à ce que le mercure amalgamé soit fixé par notre matière, secondé de son propre feu ; ce qui termine
le degré de Jupiter.
En continuant ainsi, le laiton devient jaunâtre, puis bleuâtre et le blanc le plus beau paraît dessus : alors
commence le degré de la Lune. Ce beau blanc à l’aspect du diamant pilé, il est devenu une poudre très
fine et très subtile ; on a obtenu le blanc fixe ; on en met sur une lame de cuivre rougie ; si elle fond sans
fumer, alors la teinture est suffisamment fixée. Dans le cas contraire, on lui administre le feu, en le
continuant jusqu’à ce qu’elle ait atteint son degré de fixité convenable, et l’on s’arrête là, si l’on ne veut
faire que la teinture au blanc, dont une partie transmue cent parties de mercure vulgaire en argent
meilleur que celui de minière.
Mais désire-t-on faire la teinture rouge, il faut continuer le feu à la matière ; sans l’avoir laissé refroidir, si
l’on veut qu’elle puisse devenir rouge.
En reprenant l’administration du feu extérieur la matière devient très fine et si subtile qu’il est difficile de
se l’imaginer ; c’est pourquoi il faut bien diriger son feu afin que la matière ne se volatilise pas par la force
du feu qui doit la pénétrer entièrement, mais qu’elle reste au fond du vase, en devenant une poudre verte.
C’est alors le degré de Vénus.
En continuant avec sagesse le feu extérieur, la matière devient jaune citron : c’est le degré de Mars. Cette
couleur augmente d’intensité et devient couleur cuivre. Rendue à ce point, elle ne peut plus augmenter
d’intensité d’elle-même ; c’est alors qu’il faut avoir recours au mercure aurifique rouge, c’est-à-dire à notre
huile réservée et imbiber la matière avec cette huile jusqu’à ce qu’elle soit devenue rouge : alors
commence le degré du Soleil.
En continuant les imbibitions avec l’huile aurifique, la matière devient de plus en plus rouge, puis
purpurine, et finalement du rouge brun, ce qui forme la salamandre des sages, que le feu ne peut plus
attaquer.
Enfin on insère la matière avec la même huile aurifique, en l’imbibant goutte par goutte, jusqu’à ce que
l’huile du Soleil soit figée dans la matière et que cette dernière, mise sur une lame chaude, fonde sans
fumée. Par ce moyen on a obtenu la teinture rouge et l’or fixe et figeant dont une partie transmue cent
parties de mercure en or meilleur que celui de la nature.
MULTIPLICATION
Les deux teintures dont je viens de parler, blanche et rouge, sont susceptibles d’être multipliées en qualité
et en quantité, lorsque ces teintures n’ont point été soumises à l’action du feu vulgaire, qui leur fait perdre
leur humidité radicale, en les fixant en terre ayant l’aspect d’une pierre. Pour faire la multiplication de ces
deux teintures, blanche et rouge, il faut répéter entièrement la troisième opération.
Il faut que les deux poudres blanche et rouge soient dissoutes dans le mercure philosophique, qu’elles
passent à la fermentation et à la putréfaction, ainsi qu’à la régénération. Pour y parvenir il faut réitérer les
imbibitions peu à peu, conduire le feu et le régler successivement comme nous l’avons précédemment
décrit. A cette seconde multiplication une partie fait projection sur mille parties du mercure et les
transmue en argent ou en or selon la couleur de la poudre, en métal parfait.
La multiplication en qualité se fait en réitérant la sublimation philosophique qui a lieu en séparant le pur
de l’impur à l’aide du mercure philosophique, et l’on répète ponctuellement les manipulations de la
troisième opération, après avoir desséché à l’aide du feu de la matière et réduit en poudre toute l’huile
blanche si l’on opère au blanc et qu’une partie de l’huile rouge, si l’on opère au rouge, afin de conserver
l’autre partie pour s’en servir au degré de Mars et du Soleil, ainsi que pour insérer, comme je l’ai déjà
indiqué, en opérant au rouge.
La multiplication en quantité se fait par l’addition du mercure vulgaire revivifié comme je l’ai
précédemment dit. Si l’on désire faire en même temps la multiplication en qualité, il faut commencer
comme règle générale, par sublimer la matière en séparant le pur de l’impur, en desséchant en totalité, si
l’on opère au blanc, ou par moitié si l’on opère au rouge, à l’aide du propre feu que l’on réglera de la
même manière que je l’ai fait à la troisième opération, afin de les réduire en poudre que l’on divisera
chacune en deux parties égales ; on en fera dissoudre une partie dans quatre fois son poids de mercure
philosophique, qui servira à imbiber l’autre partie réserve en réitérant absolument la troisième opération.
On peut, si on le désire, réitérer ces manipulations jusqu’à dix fois : la matière acquerra à chaque fois une
force décuple et sera subtile qu’elle traversera le verre à la dernière fois en se volatilisant en totalité.
On cesse ordinairement à la neuvième multiplication, où elle devient si volatile qu’à la moindre chaleur
elle perce le verre et s’évapore, ce qui fait qu’il est d’usage de s’arrêter à la transmutation d’une partie sur
mille ou dix mille au plus afin de ne pas s’exposer à perdre un trésor aussi précieux.
Je ne décrirai point ici des opérations très curieuses que j’ai faites, à mon grand étonnement, dans les
règnes végétal et animal, ainsi que le moyen de faire le verre malléable, des perles et des pierres
précieuses plus belles que celles de la nature en suivant le procédé indiqué par Zachaire et se servant du
vinaigre et de la matière fixée au blanc, et de grains de perles ou de rubis pilé très fins, les moulant puis
les fixant par le feu de la matière, ne voulant pas être parjure et paraître ici passer les bornes de l’esprit
humain.
Ayant fini mon oeuvre, je pris 100 grammes de mercure distillé et les mis dans un creuset. Aussitôt qu’ils commencèrent à fumer, je jetai dessus 1 gramme de mon soufre transmutatoire, il devint en huile
au-dessus du mercure et je vis ce dernier qui se figeait successivement de plus en plus. Alors j’augmentai
mon feu et le fis sur la fin plus fort en le continuant, jusqu’à ce que mon mercure fut parfaitement fixé, ce
qui dura environ une heure. L’ayant coulé dans une petite lingotière, je l’éprouvai et le trouvai meilleur
que celui de la minière.
Que ma joie fut vive et grande ! J’étais hors de moi-même, je fis comme Pygmalion, je me mis à genoux
pour contempler mon ouvrage et en remercier l’Éternel, je me mis aussi à verser un torrent de pleurs,
qu’elles étaient douces ! que mon coeur était soulagé ! il me serait difficile de peindre ici tout ce que je
ressentais et la position ou je me trouvais. Maintes idées s’offraient à la fois à ma pensée. La première me
portait à diriger mes pas près du Roi citoyen et lui faire l’aveu de mon triomphe, l’autre de faire un jour
assez d’or pour former divers établissements dans la ville qui me vit naître, une autre idée me portait à
marier le même jour autant de filles qu’il y a de sections à Paris, en les dotant ; une autre idée me portait à
me procurer l’adresse des pauvres honteux et d’aller moi-même leur porter des secours à domicile, enfin
je finis par craindre que la joie ne me fit perdre la raison. Je sentis la nécessité de me faire violence et de
prendre beaucoup d’exercice en me promenant à la campagne : ce que je fis pendant huit jours
consécutifs. Il ne se passait pas quelques heures sans que j’ôtasse mon chapeau et levant les yeux au ciel,
je le remerciais de m’avoir accordé un pareil bienfait et je versais d’abondantes pleurs. Enfin je finis par
me calmer et par sentir combien je m’exposais en faisant de pareilles démarches. Après avoir réfléchi
mûrement, je pris la ferme résolution de vivre au sein de l’obscurité, sans éclat, et de borner mon
ambition à faire des heureux en secret sans me faire connaître.
J’avais fait part à ma femme de mon succès et je lui promis de répéter devant elle la transmutation : elle
m’engagea à n’en pas parler. C’était le Jeudi-saint 1831, à 10 heures 7 minutes du matin que j’avais fait
seul la transmutation. Je n’avais plus de mercure chez moi et remis au lendemain de Pâques à satisfaire
ma femme. Je fis emplette d’une branche de laurier chez un jardinier et d’une tige d’immortelle. Après les
avoir liées ensemble, j’enveloppai le tout dans une feuille de papier à lettre, dirigeai mes pas à la maison
où était ma femme, qui était assise auprès d’une croisée à lire. Je me précipitai à ses genoux en mettant
mon bouquet à ses pieds, je lui dis : le voici, chère amie, déposé à tes pieds ; il vient me couronner lorsque
toi et moi nous descendons au tombeau ; il m’a coûté 37 ans de pénibles travaux, et plus de quinze cents
nuits sans dormir. J’ai été couvert d’humiliations, abreuvé d’injures, fui de mes amis, repoussé de ma
famille et de la tienne ; enfin j’ai perdu les plus intéressantes créatures que l’on puisse voir et je n’ai jamais
cessé d’être un homme de bien et de te chérir. Ma tête tomba sur ses deux genoux. Je me mis à pleurer. O
larmes de regrets, de ressouvenir de mes pertes, des tribulations que j’avais éprouvées, et de joie, que
vous étiez douces ! que vous soulagiez mon coeur ! Je renaissais, j’étais un nouvel homme. Ma femme, me
relevant la tête, les larmes aux yeux, me dit : Relève-toi mon ami et cesse de pleurer. Je collai mes lèvres
sur les siennes et ce baiser de tendresse qui fut payé de réciprocité vint embellir le charme de ma vie et
ranimer mon cerveau par le malheur.
Ce n’était pas assez de lui avoir fait l’aveu de ma réussite, et d’avoir déposé mon laurier à ses pieds, il
fallait la convaincre et faire la transmutation devant elle.
Je pris un verre de monte et mis dedans une petite quantité de mercure coulant du commerce qui avait été
distillé, qui était pur et que je venais d’acheter. Je mis dessus, non de mon soufre transmutatoire à l’état de
poudre, mais l’état d’huile, dans la proportion d’une partie sur cent, et remuai mon verre de manière à
donner à l’huile un mouvement circulaire. Nous vîmes avec joie le mercure offrir un phénomène bien curieux et se coaguler avec la couleur du plus bel or ; je n’avais plus qu’à la fondre dans’ un creuset et le
couler ; je fis ainsi la transmutation à froid au grand étonnement de ma femme. Elle me dit alors : ton
succès met le comble à tes désirs ; si tu veux me rendre heureuse et me faire oublier la longue chaîne de
nos malheurs, vivons au sein de l’obscurité sans étalage ; fais disparaître de notre asile tout ce qui pourrait
déceler ton secret et servir d’appât à la malveillance ainsi qu’aux ambitieux que rien ne peut récompenser,
l’intrigue, la bassesse ou la tyrannie. Je lui répondis : j’ai juré, dusse-je me voir couler du plomb fondu
dans les veines, d’emporter dans la tombe mon secret, c’est-à-dire la connaissance de la matière, du feu et
des travaux d’Hercule ; je te jure ainsi qu’à Dieu de te rendre heureuse en accomplissant tes désirs ;
espérons que l’Éternel nous protégera contre les envieux, les hommes vicieux et corrompus.
O vous jeunes gens qui lirez vraisemblablement mon ouvrage, puissent vos désirs de paraître dans ce
monde et l’appât des richesses ne point vous faire entreprendre la recherche de la pierre philosophale : si
vous pouviez savoir comme moi les malheurs en tous genres que j’ai éprouvés, pour y parvenir, vous
reculeriez d’effroi au désir de vous y livrer, à moins que Dieu vous fasse rencontrer un homme qui ait
réussi à faire la pierre, qui vous conduise par la main depuis le commencement jusqu’à la fin, repoussez
avec horreur l’idée de vous livrer à la philosophie hermétique, plus difficile qu’on ne le pense à la
connaître de soi-même. Espérant être plus heureux que moi, si vous foulez à vos pieds mes conseils, et
que vous soyez assez heureux pour y parvenir, n’oubliez jamais les infortunes, soyez discrets surtout,
avares dans vos goûts pour la dépense et pour satisfaire vos passions, mais prodigues envers les pauvres,
et n’oubliez jamais que la plus douce satisfaction pour un coeur bien né, c’est de faire des heureux sans
qu’ils parlent de vous, et surtout ayez toujours présent à vos yeux l’Éternel.
Fuyez les êtres corrompus du bon ton, ils ont tous les moyens pour abuser de vos bonnes qualités, ils se
ruinent en promesses qui paraissent être l’épanchement d’une belle âme, mais ils s’enrichissent à vous
rendre leur dupe. En un mot, ne cherchez point le bonheur de la vie dans les deux extrêmes de la société,
mais bien dans la classe moyenne, c’est-à-dire dans celle d’honnêtes industriels ; il y a cependant quelques
exceptions à faire, et je serais un ingrat d’en juger différemment. J’ai rencontré un homme bien né que je
n’oublierai de ma vie, auquel je promets de donner des preuves de mon attachement.
Estimable jeunesse, puisse ma vie vous servir d’exemple, et mes recommandations de leçons, et mériter à
vos yeux quelques larmes pour adoucir la longue chaîne de malheurs que j’ai éprouvés.
Rois de la terre, si vous connaissiez le grand nombre de personnes qui se livrent en secret et de nos jours
à la recherche de la pierre philosophale, vous en seriez étonnés, et si vous saviez qu’à peine un ou deux
hommes ont le bonheur de réussir dans l’espace de 3 à 4 ans, ce qui n’offre pas dans le commerce le
produit d’une mine d’or qui se découvre au Pérou ou ailleurs tous les 3 ou 4 ans, loin de faire rechercher
ceux qui ont réussi et les tourmenter, vous les combleriez de vos bontés en leur accordant votre appui et
votre bienveillance afin qu’ils puissent amplement servir l’humanité souffrante et vous faire participer aux
bienfaits de leurs découvertes.
O mon pays, ô mes chers concitoyens, vous qui avez prouvé à diverses fois que vous étiez bons Français
par votre dévouement à la cause de la liberté et de l’ordre légal, si l’Éternel me permet de vous laisser ce
que mon coeur vous destine par reconnaissance, daignez faire transporter mes dépouilles mortelles sur un
lieu à base calcaire, en face d’une petite tourelle portant un emblème douloureux d’une ancienne guerre,
au bas de laquelle coule un petit ruisseau qui prend sa source à une lieu de là et fait mouvoir plusieurs
moulins ; faites-les recouvrir seulement d’un gros bloc de granit dur très commun dans la petite ville où je
me suis marié, voisine du lieu qui me vit naître, avec cette seule inscription : les dépouilles mortelles de l’infortuné Cyliani reposent ici.
J’ai fait imprimer cet ouvrage, vu qu’il n’existe dans aucun pays une loi qui défende de publier une
découverte utile à la Société sous le rapport de la vie, ainsi que de faire circuler dans le commerce de l’or
parfait par son poids, sa couleur, sa pesanteur spécifique et sa fusibilité ; de quel droit voudrait-on donner
la préférence sur l’or des mines à celui fait par l’art philosophique, ce dernier étant meilleur.
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